ARNOLD PASQUIER

Création le 16 et 17 novembre 2007 L'Apostrophe, scène nationale Cergy-Pontoise
reprise le 23 novembre au Centre des arts d'Enghien-les-bains

Co-produit par L’apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise,
le Conseil Général du Val d’Oise, l’ADIAM Val d’Oise et la Ville de Pontoise

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Durée 75 minutes
Musique Antoine Duhamel sur un texte de Jean Cocteau
Avec Ronan Nédélec, Maria Donata D'Urso, Gérald Kurdian, Léandre Bernard-Brunel
Mise en scène, scénographie, lumières Arnold Pasquier
Assistant à la mise en scène Nicolas Johnson
Ensemble Instrumental Jean-Walter Audoli
Chœur Carpe Diem Chef de chœur Alain Palma

Le Requiem [extrait]

Portrait de Arnold Pasquier par Barbara Ryckewaert
Quelques images sont tournées lors des répétitions du Requiem au Théâtre de Pontoise


L'origine
En 1959, Jean Cocteau souffrant écrit dans son lit, parfois couché sur le dos, un long
poème de quatre mille vers entrecoupé de haltes, comme des bancs le long d’un chemin
qui offrent l’occasion de se souvenir : Le Requiem. Il emprunte ce nom à la musique
religieuse, un témoignage de sa vie de poète qui est pour lui un sacerdoce. 
 
Il sait aussi qu’il est au terme de son existence et ce texte en vers rimés est un livre ouvert
aux « expirations » de son œuvre. Personnages, figures mythologiques, amis et amants
se rencontrent et passent, s’embrassent et s’amalgament.
L’œuvre est obscure, enchevêtrée, innombrable mais c’est qu’il y a beaucoup à dire. Jean
Cocteau, toujours inquiet d’être compris additionne et livre tous ses mystères : un
témoignage labyrinthique ou l’inconscience l’emporte sur la conscience.
 
Antoine Duhamel et son librettiste Marc Delaruelle enlèvent un bout du continent,
détachent un fragment métonymique et l’emmènent en musique. Ici, les images et les
sens s’invitent et nous offrent l’autoportrait d’un artiste au travail, immense de mots et de
désirs.




Photographie pré-générale : R. Nédélec, Chœur Carpe Diem, Orchestre J.W.Audoli, Pontoise, 13/11/07

















Photographie de répétition : G.Kurdian, R. Nédélec, M.D.D'Urso, Pontoise, 9/11/07


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Photographie de répétition :
M.D.D'Urso, G.Kurdian, R. Nédélec, J.W.Audoli, Pontoise, 6/11/07

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Photographie de répétition :
M.D.D'Urso, L.Bernard-Brunel,R. Nédélec, G.Kurdian, Pontoise, 11/11/07
















Notes pour la mise en scène


La richesse musicale du Requiem d’Antoine Duhamel, tantôt lyrique, stridente, foraine, sourde et la complexité du récit de cette œuvre-valise, ultime visite déchaînée de la «Maison Cocteau» m’inspire une proposition de mise en scène en retrait.
Je crois qu’il est délicat de faire apparaître les formes et symboles de l’univers du poète, à moins de remonter fidèlement ses propres œuvres, au risque, sinon, de proposer une reproduction qui ne serait qu’une grimace.

La force de l’écriture de Cocteau, c’est la croyance quasi spirituelle en une formule magique capable de transformer le prosaïque en poésie.

La musique d’Antoine Duhamel s'écrit dans cette même recherche, elle catalyse les contraires, les contrastes, les images vulgaires et les soudaines envolées lyriques, le commun et le sublime, «Hélène de Troie» et «trois oranges». Il nous propose une ligne (une corde) à tirer, un inventaire de pages arrachées à l’œuvre ultime de Cocteau, vibrionnante de complexité.
Je crois qu’il ne faut rien expliquer, ne rien exposer à notre compréhension. Il faut aller vers l’opacité, indéchiffrable et musicale, Tombeau pour un Poète ; un texte qui se donne moins à entendre qu’à surprendre.

Le jeu du chanteur et des récitants doit d’être calme, posé. Pas de représentation psychologie, ou d’expressionnisme. Ici, l’agitation alourdi un texte funambule. Je vois une cérémonie de convocation où tous les artistes sont des officiants es apparitions. Les rôles sont définis, mais l’esprit de Jean Cocteau circule d’un corps à l’autre, s’incarnant un moment dans l’interprète qui lui sert de porte-voix.

La scène est une boîte blanche magique, lieu d’apparitions et de prestidigitations, constellée d'ampoules multicolores, souvenir d’une roulotte, d’une loge de théâtre. L’entrée s’effectue par le fond de scène à travers un rideau blanc, ouverture mouvante, c’est une image du miroir que l’on traverse avec des gants.

Un manipulateur, Heurtebise, installe sur la scène des guirlandes électriques, inspirés par les décorations de Noël et les fêtes foraines. Ces guirlandes --— un rideau, une ligne, une géométrie —  proposent des zones dans lesquelles les interprètes s’expriment. Ce sont les évocations symboliques du texte du requiem : «Britannicus ensanglanté», «Une interminable corde», «Le Géant nu». Ces guirlandes composent et recomposent l’espace scénique et offrent des possibilités de jeu et de déambulations.

Enfin, entendons Jean Cocteau, qui dans son journal du tournage de La Belle et la Bête dit : «Ma méthode est simple : ne pas me mêler de poésie. Elle doit venir d’elle-même. Son seul nom prononcé bas l’effarouche. J’essaie de construire une table. A vous, ensuite, d’y manger, de l’interroger ou de faire du feu avec.»
Arnold Pasquier 15 juillet 2007

Photographies de répétitions, Cité des Arts, Paris, Octobre/Novembre 2007

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